Offo Élisée KADIO Email : offoeliseekadio@yahoo.fr Université Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire)
« Celui qui deviendra leader en ce domaine sera le maître du monde », tels sont les propos de Vladimir Poutine relatifs à l’Intelligence Artificielle (IA) en septembre 2017 devant un parterre d’écoliers russes et de journalistes, révélant ainsi que l’IA est un outil puissant sur les plans économique, politique et militaire. Imbriquée dans la révolution numérique, l’IA contribuera à déterminer l’ordre international et la suprématie des États dans les décennies à venir. Si les grands empires digitaux américain et chinois dominent actuellement la géopolitique internationale, c’est bien grâce aux avancées de l’IA. L’Europe, elle, pour reconstruire sa souveraineté numérique, devra redoubler d’efforts et d’investissements. L’Afrique aussi n’ignore pas que les technologies liées à l’intelligence artificielle ont un pouvoir influent et transformateur. Aujourd’hui, les africains comprennent de plus en plus que l’IA constituent un levier de développement important. Cependant, cet écosystème numérique, même porteur de promesses et d’opportunités, n’est pas sans risques pour le continent africain qui n’est pas encore développé dans ce domaine, et qui voit son cyberespace, chaque jour un peu plus, exploité par des compagnies étrangères. La sécurité (gouvernance des données souveraineté, gestion des risques) et la confiance qui sont au cœur des enjeux de l’intelligence artificielle posent donc ici problème. Cette dépendance, qui se traduit généralement par une exploitation accrue des données, a des conséquences négatives, parfois significatives, sur les plans économique, politique et social, ce qui ne manque pas d’accroître la vulnérabilité du continent.
En effet, ces répercussions, qui se manifestent par la création d’un système virtuel qui attire la valeur ajoutée locale vers des économies étrangères, donne naissance à une nouvelle forme de colonisation, appelée cyber-colonisation. L’arrivée des technologies de l’information et de la communication (TIC) en Afrique a bouleversé et bouleverse encore en profondeur le rapport des Africains aux technologies numériques. Selon le rapport Digital 2020 de Hootsuite et We Are Social, le nombre d’utilisateurs d’Internet et de détenteurs d’abonnement mobile s’élèvent en Afrique respectivement à 34% et 81% de la population totale africaine (soit à 453 millions et 1.08 milliard d’habitants). De plus, l’Afrique est le continent qui a connu la croissance d’utilisateurs mobiles la plus forte (soit +5.6% par rapport à 2019). Par conséquent, le potentiel de la donnée générée par les utilisateurs est très considérable. Ces données massives ou big data nous amènent à nous poser la question sur leur utilisation, notamment à travers des algorithmes d’intelligence artificielle (IA). L’utilisation de l’IA n’est pas sans risques, surtout dans le cas de l’Afrique où une législation exhaustive sur la cybersécurité et la protection des données personnelles n’est pas encore pleinement mise en vigueur, ce qui, par conséquent, transforme le continent en un livre ouvert, vulnérable à toute exploitation numérique. Il se trouve, comme nous le discuterons, que les dommages sont déjà présents, particulièrement à travers la conquête progressive du cyberespace africain ou la cyber-colonisation.
Cette étude se propose d’analyser et d’expliquer la dépendance technologique de l’Afrique subtilement imposée à travers des installations technologiques étrangères (Data centers et autres) et qu’en dépit de cette triste réalité, les Etats africains n’ont pas d’autre choix que de s’investir, s’ils veulent devenir des acteurs du numérique, à faire de l’IA le levier du développement du continent.
Bibliographie
- Boris Barraud, L’intelligence artificielle dans toutes ses dimensions, L’Harmattan, Paris, 2020
- Clifford A. Pickover, La fabuleuse histoire de l’intelligence artificielle, Dunod, Paris, 2021
- Jean-Gabriel Ganascia, Intelligence artificielle, vers une domination programmée ?, Le Cavalier Bleu, Paris, 2017
- Pascal Boniface, Géopolitique de l’intelligence artificielle, Eyrolles, Paris, 2021
- « Intelligence artificielle en Afrique : « Le risque de captation de valeur existe », décrypte Cédric Villani ». Le Monde.fr, 17 juin 2018.
